lundi 25 avril 2016

Najat, l'équerre et le compas

Naja récompensée le 2 avril
au Palais Brogniart pour bons
et loyaux services
Pour bons et loyaux services, la double-nationale franco-marocaine Najat Vallaud-Belkacem récompensée en ce jour par l'officine de la République française : la Franc-maçonnerie.

Compas et équerre en sautoir, tablier ceint, gants blancs… qu'ils sont beaux ! qu'ils sont glorieux les régalias républicains !

Regardez son sourire… Quel visage resplendissant. On y lit la satisfaction, le contentement, le bonheur de la mission menée à bien.

Voici quelle fut l'allocution de l'Auguste Jean-Foutre de la Loge des Coquins républicains :

– Merci, Najat ! Quel poison létal n'as-tu pas inoculé dans les veines du vieux pays ? Dans quel puissant solvant n'as-tu pas plongé les restes d'une Éducation nationale à l'agonie ? 
Merci, Najat ! pour ta contribution à dissoudre les lettres antiques, le Latin et le Grec, ce réservoir inépuisable de savoir et de culture ayant structuré le monde indo-européen. Merci ! car grâce à ton intercession, bientôt nul n'y aura plus accès. Flétris ! flétris encore Hésiode et Sacrate ! Écrase aujourd'hui le monde antique, la vieille Europe, la France, comme hier nous écrasâmes « l'Infâme, » c'est-à-dire l'Église catholique. Nous, nous eûmes raison d'elle et de ses sectateurs. Toi, mets à bas ce qu'il reste de traditionnel, de construit, de structuré dans l'esprit de nos têtes blondes. 
Najat ! Il ne doit pas rester pierre sur pierre du monde ancien. Détruis, disloque, écrase, anéantis encore, comme le firent nos glorieux prédécesseurs. 
Najat ! Ton nom signifie « Sauvée » en arabe. Quel nom prédestiné ! 
Merci, Najat ! La Loge des Coquins républicains t'est éternellement reconnaissante. Nous te faisons Grande-Jeanne-Foutre de l'Ordre de l'Équerre et du Compas ! Nous te décorons de la Cocarde Régulière-Compassée-et-Chocolatée.

Sous les applaudissements nourris d'un parterre de compas et d'équerres en sautoir, de tabliers ceints et de paires de gants blancs, Najat va se régaler en secret de sa récompense.

Qu'elle est belle ! Qu'elle est grande ! Qu'elle est auguste, la République française !


S'en trouvera-t-il pour dire, pour crier : « Il est temps, il est grand temps de quitter l'espace français ! » ?

lundi 4 avril 2016

Il est temps, il est grand temps de quitter l'espace français (I)

Illustration d'une France qui se meurt.
– La France est morte.

Chacun le sait, point n’est besoin de démonstration.
Les moult déprédations d’une tumultueuse histoire déchirée par les dissensions civiles, émaillée de chambardements, de révolutions, craquelante de trahisons et de guerres ont dépouillé les Français, les ont dépossédés de leur avenir en leur ravissant leur passé.

Le digne reflet qui jadis luit au front de ce vieux peuple s’est éteint. Il s’est égaré dans la nuit saumâtre de la modernité et y déambule désormais seul, enveloppé de guenilles suintantes qui ondulent aux hoquets de son pas heurté. Son corps entier est humecté de la plus âcre atrabile qui, sous la compression intense de ses phalanges serrées de rancœur, perle à ses poings. Il a la tête basse, assommée, les yeux chassieux, déliquescents de tristesse. Il est crasseux d’abjections raclées du tréfonds des cloaques de Babel. Il traîne dans une exhalaison cadavérique qui l’embrume et partout le suit. Et la mémoire de son passé ne l’a pas quitté. Des images sublimes qu’il se passe et repasse hantent sa mémoire. Des axiomes anciens aux tonalités helléniques, des maximes en français antique raisonnent dans son esprit. Lorsqu’il parvient finalement à faire taire ses amertumes et ses angoisses, quand il parvient enfin à s’éteindre quelques instants, des spectres glorieux peuplent ses rêves avec lesquelles il voudrait demeurer à jamais.

Un Français conscient ne peut pas ne pas être remué par l’implacable amertume d’un exproprié auquel on a tout retiré et jeté sans vergogne dans le caniveau de l’histoire ; un Français conscient ne peut pas ne pas trahir quelques noirs ictus du névrosé.

Car il ne reste pas pierre sur pierre de la maison millénaire des Bourbon après laquelle le lierre pouvait se fermement cramponner et croître copieusement. Le terreau de France autrefois si moite et fertile, qui vit tant de si belles lys germer et s’épanouir ; ce champ plein qui connut tant de luxuriantes floraisons qui ravirent les générations des enfants des hommes ; ce grand pré où le Père Éternel même se plaisait à descendre pour y humer cette incomparable profusion de fragrances, s’est lui aussi asséché.

Un Français est un être sans terre, sans toit, il est devenu nomade ; il est devenu semblable aux Juifs captifs de Nabuchodonosor. Et comme pour les Juifs de l’Ancien Testament, la mélopée patriotique cessa ; on suspendit la harpe de David, ne pouvant plus chanter les gloires de Jérusalem en une terre étrangère. On mêla les larmes aux eaux fétides des fleuves de la prostitué de Babylone.

Si le lierre a dépéri et ne peut certes plus croître, la Tillandsia, elle, cette plante aérienne sans terre ni racine, peut vivre et se développer même en climat pareillement hostile. La Tillandsia se contente de n’importe quel support, une paroi, une anfractuosité, une sinuosité quelconque, une frêle branche, une cime d’un arbre mort, une arête rocheuse. Nul besoin pour elle de plonger ses racines dans un humus nourricier ou de jeter ses rhizomes dans les azures d’un ru, la Tillandsia va, quant à elle, se désaltérer de l’air ambiant, duquel elle puisera tout le nécessaire pour se maintenir en vie.

Plus n’est besoin ni de possessions ni de dynasties. Plus n’est besoin ni de suzerains ni de vassaux. Foin des serfs et des féaux !

Libres, absolument, radicalement libres. Seuls et libres de déchirer les nuées, d’ébranler le cosmos, d’écrire l’histoire plutôt que d’en être la sujette, depuis le lieu où la Tillandsia aura voulu se jucher. Si son opinion trop radicale gêne, suscite l’envie, déchaîne la persécution, qu’elle déploie un peu ses feuilles et se laisser emporter au gré d'un vent favorable qui la déposera ailleurs.

Car il reste au Français la parole, la libre parole. Le verbe, la langue, seule.

La langue : qui le puis plonger dans les abysses millénaires de son identité. Le français est le seul trésor qui lui reste, et que l’on voudrait lui ravir encore.

La vieille langue de Louise de Savoie, de Claude Fabre, de Saint François de Sales, trouvera-t-elle quelque part refuge ? Trouvera-t-elle une terre où s'épanouir à nouveau ? La Savoie, sa terre d'origine, l'accueillera-t-elle à nouveau, pour la défendre et la parer de ses ornements ducaux ?

Ne serait-il pas temps de quitter l'espace français ?

À suivre…

Victoire finale, victoire totale

Résurrection du Christ d'Andrea Mantegna,
quattrocento italien.
«Si autem Christus non resurrexit, inanis est ergo prædicatio nostra, inanis est et fides vestra – Si le Christ n'est pas ressuscité notre prédication est vaine, et aussi votre foi» [I Cor., xv, 14]

Nous, les témoins silencieux de la Résurrection, dans un monde qui ne semble avoir jamais jeté les amarres assez loin du Christ, qui n'en finit pas de démonter les derniers vestiges du pont antique qui reliait la terre avec le Ciel, la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme nous donne seulement un enseignement, nous livre l'ultime et seule consolante vérité :

Celle de la victoire finale, de la victoire totale du Christ sur tous ses ennemis, passés, présents et futurs.

jeudi 17 mars 2016

L'indignation des indignés II

Le Pape saint Pie X, qui qualifia le modernisme
de cloaca maxima – l'égout collecteur
de toutes les hérésies.
On ne cesse donc de s'indigner, à corps et à cris ; on arrache, on déchire les reliquats d'une Église moribonde avec une surprenante frénésie, comme si l'on s'attaquait à une bête vigoureuse et farouche.

On se plaît à rappeler que le Père Jérome B. avait déjà eu maille à partir avec la justice, et que le Primat des Gaules n'en fit rien. Mais on oubli un détail encore plus croustillant : c'est que le Père Jérôme B. fut nommé à la paroisse de l'Immaculée conception afin de remplacer son confrère, le Père Éric Pépino —de triste mémoire— qui, lui aussi, connut des démêlés judiciaires pour des faits —peu ou prou— similaires.

Quelle étonnante nasse de serpents venimeux, direz-vous, où l'un semble chasser l'autre, où l'un coopte l'autre…

Quel est donc ce chancre qui ronge, ce vers qui ravage de l'intérieur ?

L'indignation des indignés serait plus louable si l'on tentait de décrypter les raisons profondes qui ont pu amener cette société millénaire à un tel degré de corruption. Car ce ne sont ni les excuses cardinalices, ni l'exposition médiatique, ni le déferrement des clercs coupables aux sanctions du bras séculier qui semblent calmer le phénomène ou apaiser les justes aigreurs. En réalité, un organisme, une société, qui exhibe ainsi aux vents de la vindicte populaire ses lésions, s'expose plutôt à l'infection généralisée de la plaie puis à la gangrène qu'à la guérison.

Silentium aurum est – le silence est d'or, dit l'adage. L'Église a toujours voulu appliquer aux maux leurs remèdes convenables. Le droit de l'Église prévoit peines, sanctions pour les clercs coupables de ces crimes. Des institutions internes, des tribunaux ecclésiastiques étaient chargés de juger de ces cas, et de circonscrire les délinquants de façon à circonscrire le mal et à empêcher sa propagation dans le reste de l'organisme. Comme tous les autres corps constitués, l'Église traitait ces affaires en interne.

Y avait-il volonté de cacher ? Oui, d'une certaine façon. Mais il y a des choses qu'il est bon de cacher. Non pas afin de les traiter avec mépris et dédain, mais afin de pouvoir les juger paisiblement et justement, et surtout afin d'éviter la contagion. Car la simple narration des faits, leur description détaillée, peut susciter une certaine forme de fascination, peut remuer la nature humaine, blessée de mille différentes façons par les conséquences du péché originel. La description des délits doit être réservée aux organismes compétents. C'est la manière convenable et traditionnelle de gérer les problèmes.

Elle permet la guérison des plaies, tant des victimes que des délinquants. Les innocents peuvent ainsi conserver leur dignité, car l'étalage des faits dont ils furent victimes salit presqu'autant la victime que le bourreau. Et les délinquants peuvent ainsi pouvoir prétendre, une fois la peine purgée, bénéficier des fruits d'une juste pénitence.

Hélas, le fait que les autorités ecclésiastiques se répandent en excuses et en lamentations n'est pas une garantie que le problème soit traité en profondeur. Il est même à craindre que l'étalage médiatique n'inhibe et ne paralyse encore davantage en interne.

Et, entre nous, avez-vous écouté l'intervention du Cardinal Barbarin ? On est frappé, déconcerté même, par le décalage entre la hargne viscérale des journalistes, «indignés», eux aussi —qui n'est rien que le reflet de l'indignation diffuse et générale, il est vrai— et le marivaudage épiscopale, comme par exemple cette réflexion de l'un des évêques, durant la Conférence de presse de la CEF, devant un parterre de journaliste  :

«[…] mais nous savons aussi que notre Église fait de belles choses dans cette société et nous ne voulons pas l'oublier… ni même que vous l'oubliiez avec deux i.» [Cf. 19 min, 40 sec]

On est au cœur d'une bombe médiatique de premier ordre, on parle de sujets graves et qui indignent… et l'on badine sur la morphologie grammaticale… les bras nous en tombent.

On retombe dans une problématique beaucoup plus habituelle, celle d'une Église qui essaie de s'adapter au monde moderne, qui tente de faire moderne, d'être même un fer de lance. On nous répète ad nauseam les bienfaits du Concile Vatican II. L'Église aurait rattrapé le train de la modernité.
En réalité, elle a pris le train en marche, a glissé sur les marches, s'est cramponnée malgré tout, et se retrouve en queue de cortège, dans le couloir du dernier wagon, entre les toilettes et la bagagerie.

Lorsque l'on nous sert une religion œcuménique et syncrétique ; lorsque l'on nous dit que toutes les religions portent en elles des étincelles de la vérité éternelle et pis encore : sont toutes des vaisseaux de salut ; que l'Esprit-Saint souffle indistinctement sur toutes les religions ; que l'Église du Christ subsiste dans l'Église catholique, et aussi dans les autres Églises —quoique de manière moins parfaite, certes—, on oblitère alors tout-à-fait la mission unique et divine de l'Église catholique. Elle devient une Église parmi les autres. Elle perd sa raison d'être, et son clergé avec. Dès  lors, pourquoi le contraindre au célibat ? S'il n'a plus une mission unique, supérieur en raison de la nature de l'ordre reçu et de la fondation divine de l'unique Église du Chris, il n'est bon qu'à être jeté dehors et foulé par les passants. Il n'a plus de raison d'être.

Le nouveau sacerdoce syncrétisé et œcuménisé doit avoir une sourde conscience de sa vacuité. L'oisiveté l'a gagné, n'ayant plus qu'à faire face au peuple de Dieu —puisque c'est ainsi qu'on l'appelle aujourd'hui—, enfoncé dans un fauteuil, assistant désœuvré au défilé incessant des diaconesses se relayant au pupitre, enchaînant les lectures, toutes plus lénifiantes les unes que les autres.

Car là seul réside le fondement du célibat et le motif supérieur par lequel un clerc peut se maintenir dans une relative bonne conduite, et l'institution ecclésiastique l'y garder : que l'unique Église du Christ est l'Église catholique ; que l'Église catholique est le seul vaisseau de salut, divinement fondée, et le sacerdoce l'ordre institué par Jésus-Christ lors de la Cène, le Jeudi-Saint, afin de continuer et perpétuer l'unique Sacrifice du Christ.

Ôtez cette vérité toute simple, ou diminuez-la —ce qui revient au même—, et tout l'édifice s'effondre, et le sacerdoce n'a plus rien à faire qu'à suivre les inclinations de la nature déchue.


[Conférence de presse de la CEF, Kto : <http://www.ktotv.com/video/pedophilie-conference-de-presse-de-la-cef/pedophilie-conference-de-presse-de-la-cef>]

mercredi 16 mars 2016

L’indignation des indignés I

Ovide
S’il y est des sujets ardus, pénibles à traiter, certainement les scandales concernant les mauvaises mœurs du clergé catholique sont parmi les plus difficiles.

Il s’agit là d’un sujet qui excite à vif, où souvent les émotions et les emportements prévalent sur les arguments de la saine raison, une sorte de pieu incandescent qu’on se plaît à agiter et à jeter sur ce qui n’est plus guère qu’une ruine d’Église catholique.

Il serait bon malgré tout de présenter ici à la sagacité des lecteurs quelques éléments de réflexion.

D’abord, on remarquera l’univocité médiatique sur la nature des actes reprochés. Par exemple dans le cas du prêtre de la Croix-Rousse, on martèle le qualificatif de «prêtre pédophile.» Or  le jeune homme avec lequel ledit prêtre aurait commis certains actes —que l’on ne décrira point dans ces colonnes— avait, en réalité, atteint la majorité sexuelle puisqu’il avait seize ans au moment des faits. Par conséquent, on ne saurait parler dans ce cas précis de pédophilie.

Et les exemples similaires ne manquent pas. Il est aisé de discerner la laide complaisance, l’enthousiasme turpide, l’empressement goguenard avec lequel les journalistes déballent ces affaires et les déforment à souhait.

Mais est-ce à dire qu'il faille approuver ou applaudir les actions de ce prêtre au prétexte qu’il ne serait pas strico sensu pédophile ? Ou que ces actes seraient —somme toute— banals, ou insignifiants, ou de moindre gravité ? Ou encore que la victime en serait donc moins blessée ou moins digne de considération ? Non pas !

Cependant, plusieurs choses devraient frapper chacun dans le traitement que l’on réserve à ces affaires. Car tous s’indignent, tous en appellent à nettoyer les écuries d’Augias. Mais de quoi s’indignent-ils ? Et au nom de quels principes ? Au nom de quelle morale ?

Ceux même qui s’indignent avec le plus de force et de voix, s’indignent-ils de la loi Taubira ? S’indignent-ils de la GPA ? de la PMA ? de l’euthanasie ? de l’avortement ? S’indignent-ils de ce que le laconisme s’affiche, se répande ? S’indignent-ils de l’incitation à l’adultère, au libre-échangisme ?

Pourquoi donc tant de vives passions, d’acerbes débats, lorsque sont soulevés ces problèmes au sein du clergé —certes réels— dans un monde qui, finalement, se fait, s’arrange, s’accommode de tout ?

Il nous souvient ce vers : «turpe senilis amor – un vieil amant est répugnant.»

Et si la réponse se trouvait tout simplement chez Ovide ? Comme si le sentiment amoureux qu’éprouve un vieux libidineux pour un jeune homme semple avoir universellement écœuré et dégoûté l’humanité, du païen antique à l’homme moderne.

Mais alors, qu’est-ce que l’Ars amatoria d’Ovide —qui n’a rien d’un guide de bonnes mœurs, tant s’en faut que l’opuscule mérita l’exile à son auteur— reproche aux relations pédérastiques, sinon la comparaison des genres : la proximité du bois vert et du bois sec, du sade et du maussade, du glabre et du velu ?

On s’indigne donc moins que l’on se fascine d’une scène éperdument repoussante de par son esthétique disgracieuse. Si peu, d’ailleurs, qu’on voit fleurir sur Internet des sites où les victimes peuvent narrer avec force détails leurs historiettes lubriques de caresses déplacées, de touchés indécents et autres actes honteux. Et tout cela se livre, s’écrit, se diffuse, se partage, et c’est à qui racontera l’histoire la plus scabreuse —pourrait-on croire.

À suivre…

samedi 12 mars 2016

Pérégrinations conciliaires

Vis comica
Sixième partie de Nostra Ætate

(celle qu’on nous cache — un texte qui va remuer la Tradistanie)

Déclaration sur les rapports entre l’Église et Satan.

Dans cet âge où les hommes se rapprochent de plus en plus et où les liens de l’amitié entre les différents peuples se renforcent, l’Église examine avec une attention accrue sa relation avec Satan.

Lorsque Dieu créa les anges, Il établit Lucifer un «chérubin protecteur» (Ezech xxviii, 14) sur le paradis. Comme «les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir» (Rom xi, 29), il s’ensuit qu’en vertu de son office originel Satan jouira toujours d’une place et d’une dignité spéciales devant Dieu. Partant les hommes devraient lui montrer du respect. Même l’archange Michel «n’osa le condamner avec des paroles de malédiction» (Jude viii, 9). L’apôtre saint Jacques nous rappelle que Satan possède encore le don de la foi, privilège auquel certains hommes ne sont pas encore parvenus (Jacques ii, 19 ; II Thess iii, 2). D’où ni Pierre ni aucun de ses frères dans le collège apostolique ne fut le premier à proclamer la divinité de Jésus-Christ, mais Satan et ses démons (Matt. iv, 1 et sqq ; Marc i, 24). La lecture de l’Évangile témoigne de la profondeur du sens religieux conservé par celui dont le premier nom fut « Lucifer ». Et sur le plan pratique ce sentiment se voit à travers ses efforts vers l’établissement de nombreuses institutions à caractère religieux dans tous les pays par lesquels les hommes sont invités à explorer ensemble le mystère divin de Celui qui est « au milieu de toutes choses et en nous tous » (Eph iv, 6).

En sondant le mystère qu’est l’Église, ce Concile sacré se rappelle les liens spirituels qui attachent à Satan le peuple de l’Alliance Nouvelle. Cet attachement s’observe d’une façon poignante dans la nature angélique de celui-là. L’Église du Christ reconnaît que selon le divin programme du salut le début de sa foi et de son élection se trouve dans les anges, qui furent les premières des créatures rationnelles de Dieu (cf. Job xxxviii, 7). Elle professe également qu’à la résurrection, tous les fidèles du Christ deviendront « semblables aux anges » (Matt xxii, 30) par cet éloignement des liens de la chair qui reste commun à Satan et ses démons et aux anges que la piété chrétienne appelle « fidèles ». À cet égard il convient de rappeler que cette appellation « fidèles » appliquée à certains anges (appellation dont le Concile désire le maintien) ne doit pas s’entendre d’une façon négative par rapport à Satan et les autres anges qui lui adhèrent comme si ceux-ci n’avaient pas eux aussi leur fidélité propre mais différente. Plutôt que le terme « infidèles » ou « déchus » il conviendrait d’user désormais de l’expression « anges séparés » pour désigner ceux des purs esprits que la fidélité à leur conscience a éloignés, hélas, d’une pleine communion avec la divinité.

Nombre des pères primitifs, dont Origène, Didymus l’aveugle et Evagrius Ponticus se sont demandé si Satan ne serait pas un jour rétabli dans sa dignité primitive lors de cette restauration espérée à laquelle a été attaché le riche nom grec d’apocatastase. Si l’Église, cheminant toujours vers une plus juste pénétration de la vérité éternelle ne peut pas encore s’associer de manière kérygmatique à cette espérance, son cœur de mère ne cesse de partager avec sympathie voire enthousiasme le sentiment profondément chrétien de charité universelle qui l’inspira et qui l’inspire encore puisque nul n’ignore le renouvellement d’intérêt de nos jours à cet objet de spéculation théologique.

Ne rejetant rien en Satan qui soit vrai et saint, l’Église tient en haute estime sa nature, son office, sa dignité et sa foi. Ne s’arrêtant pas aux nombreux points de désaccord doctrinaux et pratiques qu’il serait malhonnête de voiler, elle préfère contempler même en lui ce rayon de la vérité divine qui éclaire toutes les créatures de Dieu. Cette contemplation existentielle l’inspire à rappeler surtout de nos jours à tous ses enfants le devoir de respecter en Satan et en tous ses alliés leur dignité personnelle et leur liberté de conscience. Que les chrétiens s’abstiennent de toute amertume stérile et oublient les nombreux conflits du passé qui n’ont porté aucun bon fruit. Tout en témoignant courageusement des motifs « de l’espérance qui est en eux » (I Pierre iii, 15), qu’ils avancent dans l’estime mutuelle et l’étude sincère de Satan, n’ayant garde de refuser les vérités spirituelles et morales qui se trouvent en lui. Qu’ils conservent jalousement toutes les manifestations de la vie sociale et culturelle du grand chef des anges imparfaitement unis à la divinité.

Le concile se propose dans la réforme liturgique déjà mise en œuvre par la constitution Sacrosanctum Concilium de radoucir toute expression éventuellement blessante envers Satan et les siens, en reconnaissant la part de blâme qui est la sienne dans les relations parfois envenimées entre eux et ses enfants par les siècles passés. Que désormais tous ses fidèles aient le souci d’imiter par acte et par parole la douceur divine dont l’imparfaite appréciation au début des temps fut en grande mesure l’origine des tristes divisions dans les bataillons angéliques qu’il n’est pas nécessaire de recenser ici.